• Jeudi 12 mars 2020, "Le handicap en entreprise", exposé à l'UPEC

    Témoignages

    Christiane et Stéphane ont témoigné de leur expérience suite à un exposé sur "Le handicap en entreprise" présenté par Juba, Kensley, Lamia, Sébastien, étudiants en Master en Ressources Humaines à  l'Université Paris-Est de Créteil.

    Premier contact

    Quatre étudiants en Master de Ressources humaines à l'Université Paris-Est de Créteil ont contacté notre association en février dernier. Ils recherchaient des personnes déficientes visuelles pouvant témoigner de leur parcours dans leur vie professionnelle en tant que travailleurs handicapés. Yolande, vice-présidente et Christiane  les ont accueillis à l'association le 24 février où ils ont présenté le sujet de leur exposé "Le handicap en entreprise" qui, selon leur souhait,  devait être illustré par des  témoignages :
    En plus du rappel de la législation encadrant l'emploi des personnes handicapées, le point fort était la discrimination que rencontrent ces personnes dans leur recherche d'emploi, et au cours de leur vie professionnelle.
    Stéphane dont le parcours a été difficile, et Christiane se sont proposés pour témoigner devant un groupe d'une quarantaine d'étudiants.


    Le jour J

    Le jeudi 12 mars au matin, c'était le grand jour ! Nous nous étions donné rendez-vous tous les six devant le Cinéma du Palais, à Créteil, à quelques pas du bâtiment universitaire, et le stress était perceptible. En attendant l'un et l'autre, la conversation a aidé un peu a détendre les esprits.

    En arrivant dans la salle peu avant 10h30, l'accueil  a été très chaleureux.
    Sébastien, Kensley et Juba ont pris la parole chacun leur tour pour présenter d'abord les différents types de handicap, puis ils ont rappelé la législation en vigueur votée en 1975, 1987 et 2005, encadrant  l'emploi des personnes handicapées, et l'obligation d'emploi des entreprises a respecter un quota de 6% de salariés en situation de handicap sous peine d'amende.

    Ensuite, Lamia a abordé les discriminations subies par les personnes handicapées dans leur recherche d'emploi, de l'embauche au poste de travail adapté et dans les relations humaines, hiérarchie et collègues.

    Pour finir, il a été question du rôle des professionnels.

    Après ce bel exposé, le temps des questions est venu concernant notre activité en entreprise. Les élèves étudiants dans la salle nous ont interrogés sur la formation spécifique à notre handicap, comment s'est passé l'embauche, les relations avec la hiérarchie et les collègues proches, leur attitude, leur réserve face à une personne différente.

    Stéphane :
    "Ma vue à commencé à baisser vers l'âge de 18 ans. Mes parents n'ont pas su comment m'aider et ils se sont éloignés de moi en partant en province. J'ai dû trouver seul une formation de standardiste dans un centre d'apprentissage spécialisé, ce  qui m'a permis de travailler  sur un standard et un ordinateur, tous deux  adaptés avec le braille. Grâce à cette formation, j'ai pu trouver un emploi dans la fonction publique. Mais, après un an, du fait de la baisse progressive de ma vue, je me sentais très mal et je suis tombé en dépression. Malheureusement, je n'ai pas tout de suite compris que mes collègues me tendaient la main pour m'aider et je suis resté à l'écart. Puis petit à petit, j'ai recherché leur compagnie et je me suis vraiment détendu. Par contre, les relations avec ma hiérarchie ont toujours été très bonnes. J'ai travaillé pendant plus de 30 ans au même endroit et je viens de prendre ma retraite grâce à la loi qui permet aux travailleurs handicapés de quitter la vie professionnelle plus tôt, et je suis content d'en avoir profité".

    Christiane :
    "Commençant à perdre la vue vers 34 ans, j'étais secrétaire, j'ai dû préparer ma réinsertion professionnelle, car je voulais continuer à travailler. J'ai eu le choix entre la comptabilité (je n'aime pas les chiffres), le secrétariat ou  agent d'accueil ; j'ai choisi cette dernière formation pour le contact téléphonique. Donc, comme Stéphane, dans un centre spécialisé, j'ai appris le braille et à m’exercer sur un matériel spécifique, standard et ordinateur adaptés, et  j'ai eu beaucoup de chance de trouver rapidement un emploi dans une grande entreprise privée ou j'ai travaillé pendant 20 ans. Ma hiérarchie et les équipes dont j'ai fait partie m'ont permis de bien m'intégrer, car  j'ai été bien accueillie".

    Puis, les élèves auditeurs nous ont posés des questions quant à notre embauche, les relations avec notre hiérarchie et nos collègues.

    Stéphane :
    "Ma hiérarchie n'a pas toujours été à l'écoute et ouverte à mes demandes d'évolution de carrière. J'ai compris pourquoi. Je peux dire que l'accès à l'information et les logiciels maison ne peuvent pas toujours être adaptés de façon satisfaisante pour les personnes non-voyantes ; de plus, les demandes de formations pour une évolution de carrière sont très difficiles à obtenir dans la fonction publique, sauf dans le cas où une modernisation  du poste de travail la rend indispensable. D'autre part, mes collègues, ne comprenant pas toujours mes difficultés, n'étaient pas très aidants pour mes déplacements dans l'immeuble, par exemple, aller à la cantine, etc. Mais à  la suite de travaux effectués dans le bâtiment, l'accessibilité a été grandement améliorée, grâce à de  nouvelles portes à ouverture automatique pour les fauteuils roulants et la pose de bandes de guidage pour les aveugles dans les couloirs, dont une en direction de la cantine; cela m'a beaucoup aidé. J'ai eu l'idée il y a 3 ans, de faire une demande de chien-guide et il y a eu beaucoup de réticences de la part de certains de mes collègues. Alors, une responsable de l’École des Chiens-guides est venue faire une sensibilisation. Grâce à cette intervention, j'ai pu constater que ma hiérarchie et mes collègues ont compris l'aide qu'allait m'apporter un chien dans mes déplacements. De ce jour, mes collègues sont venus plus facilement me voir dans mon bureau ; j'en ai été très content."

    Christiane :  
    "L'accueil au moment de mon embauche et les relations avec ma hiérarchie au cours des années ont été bonnes, Les formations souhaitées m'ont toujours été accordées. Puis, les derniers mois, avant de partir en retraite une nouvelle  hiérarchie est arrivée, moins chaleureuse et moins compréhensive, une fusion était passée par là. Quant à mes collègues au fil des années,  elles ou ils étaient plus ou moins aidants et attentifs, ne comprenant pas toujours mes difficultés, mais cela ne m'a pas trop gênée dans mon travail. J'ai dû parfois expliquer ce qu'était mon handicap du fait que j'étais malvoyante et ce n'était pas facile. Certains pensaient que je jouait la comédie. Il faut dire que je me déplaçais encore sans canne blanche et n'avais pas de chien-guide. Mais ma vue me jouait souvent des tours".

    Ensuite, Les élèves nous ont demandés de faire un bilan des difficultés rencontrées en tant que personnes non-voyantes.

    Nos remarques :
    . le déplacement rendu difficile dans un grand bâtiment n'est pas pris en compte, donc souvent pas d'explications sur le plan des bureaux, les espaces ;  
    . la non-compréhension du handicap  et ses particularités ;
    . la communication spontanée avec les collègues ou autres personnes, difficile sans le regard, nous devenons invisibles, et les gens n'ont pas le réflexe de se présenter ;
    . faire que les informaticiens soient en mesure de rendre l'accessibilité des logiciels systématique, afin de permettre aux personnes aveugles d'évoluer dans leur carrière au même titre que leurs collègues valides ;
    . l'acceptation du chien-guide.

    En conclusion, les élèves auditeurs ont été vraiment très intéressés par le sujet et Juba, Kensley, Lamia et Sébastien ont été très contents d'avoir atteint leur but : sensibiliser les autres élèves. Ils n'ont pas eu besoin d'ajouter d'autres questions. Le professeur a été très satisfait de notre intervention et nous en a vivement remerciés.

    C'est une expérience très enrichissante pour nous, car nous avons pu montrer les difficultés rencontrées par les déficients visuels à faire reconnaître  leur compétence au même titre que les personnes valides et que nous avons besoin d'être reconnus dans toute notre intégrité.

    Christiane et Stéphane